Pourquoi préférer chanter en français plutôt qu’en anglais ?

Après deux décennies rochelaises, dont une bonne partie à fureter avec bonheur et régularité du côté du Chantier des Francos et de la Sirène, me voici récemment installée à Rennes.

Premier réflexe de survie en milieu inconnu : repérer les lieux de culture et les incubateurs à musiques actuelles. Soyons clairs, Rennes, pour ça, c’est comme un avant-goût du paradis : les salles, les bars et les festivals se succèdent à l’envi ! Après le festival I’m From Rennes en septembre et avant Les Embellies et Mythos au printemps, début décembre ce sont les légendaires TransMusicales : the place to be (le lieu où il faut être) pour les amateurs de découvertes musicales en tous genres !

Et voilà qu’en épluchant le programme des réjouissances transmusicaliennes (?), je suis tombée sur une conférence de Jérôme Rousseaux intitulée : « Pourquoi préférer chanter en français plutôt qu’en anglais dans les musiques actuelles ? »

(Ami lecteur, tu viens de comprendre le pourquoi du comment du titre de cet article.)

Ne reculant devant aucun sacrifice, je me suis donc rendue sur place.

Première (bonne) surprise : la salle de conférence est pleine… Il y a donc, en ce samedi après-midi non pluvieux de décembre, quelques 450 personnes qui ont choisi de méditer sur le sort du français dans les musiques actuelles plutôt que de remplir la hotte du Père Noël ou de se donner des sensations fortes (et des barbes à papa bleue) dans l’immense fête foraine voisine.

Deuxième (bonne) surprise : les 75 minutes de conférence sont passionnantes et filent délicieusement. Avec beaucoup d’humour et force interactivité, Jérôme Rousseaux (qui sévit par ailleurs artistiquement sous le nom d’Ignatus) s’appuie sur de nombreux exemples et captive un public attentif et ravi.

Troisième (bonne) surprise : sans vouloir déflorer le contenu de sa conférence (dont le lecteur curieux trouvera le contenu ici : http://www.jeudelouie.com/ressources/dossiers-thematiques/ ), disons que Jérôme Rousseaux constate, qu’après une décennie de banalisation de l’anglais, le français revient aujourd’hui en force et a de beaux jours devant lui.

Il nous explique également pêle-mêle que :
  • Chaque langue a sa musique et que tout ça est en réalité une histoire d’accent tonique (placé de façon naturellement plus musico-compatible en anglais qu’en français).
  • Les premiers français à chanter en anglais dans les années 60 sont Yves Montand, Charles Aznavour, Johnny Hallyday… et Colette Magny !
  • La reconnaissance internationale de Air et Phoenix, qui ont connu le succès aux Etats-Unis avant d’être reconnus en France, a poussé les labels hexagonaux à signer un grand nombre d’artistes français chantant en anglais à partir de l’an 2000.
  • Feu ! Chatterton, Cléa Vincent, Granville, Robi, La Féline, Radio Elvis, Pharaon de Winter développent, chacun dans son style et chacun dans son univers propre, des façons très actuelles de chanter la langue française sur des musiques aux origines anglo-saxonnes.
  • Internet développe les curiosités et ouvre les frontières linguistiques et que chanter en français ne constitue plus aujourd’hui un frein à une carrière internationale. Les artistes hexagonaux bénéficient même d’un élan très favorable à l’étranger, y compris aux Etats-Unis. Christine and the Queens a d’ailleurs eu les honneurs de la couverture du magazine Time en octobre. Comme elle, beaucoup d’artistes manient indifféremment les deux langues (Emily Loizeau, Mina Tindle, François and the Atlas Mountains) ou délaissent, depuis peu et avec succès, la langue de Shakespeare, dans laquelle ils avaient débuté, pour celle de Molière (Pain Noir, Mesparrow, Séverin, La Maison Tellier, Baptiste W. Hamon).

Dernière (bonne) surprise, et parce que tout ça ne pouvait se terminer qu’en chansons, la conférence s’achève avec un concert d’Octave Noire.

Voilà une bien judicieuse manière de clôturer le propos par un exemple concret et de montrer que le français est bel et bien devenu une langue électro-pop(ulaire) !
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