Syrano : le pire des hommes ? (*)

A la sortie du concert de Syrano en ce jeudi de l’Ascension aux Bains Douches de Lignières, l’intensité est palpable : il y a de larges sourires, des larmes d’émotion et le sentiment d’avoir vécu un moment rare. Une parenthèse de vérité et de tendresse dans un monde de questions et de colères. A ses interrogations existentielles, qui sont aussi les nôtres, Syrano donne des réponses à la fois personnelles et collectives. D’ailleurs, ses derniers mots avant de quitter la scène sont à cette image : « Continuez à vivre dans la joie et le métissage, le combat continue, c’est ça la France ! ».

1 heure et 15 minutes plus tôt, tout avait commencé par un prologue musical en forme de générique : lumières bleues, musiciens seuls sur scène, on s’attendait presque à voir surgir le personnage d’un film de Tim Burton… Mais c’est Syrano qui entrait en scène avec L’apprenti sorcier, chanson qui introduit également son nouvel album ou plus exactement sa nouvelle BD-CD : œuvre hybride génétiquement modifiée. Le dernier opus de Syrano est une bande-dessinée musicale qui s’écoute, se lit ou se regarde, selon l’envie du moment. Toujours adepte de la diversité et du mélange des genres, Syrano a conçu son spectacle comme une série de tableaux chantés où la création lumière a une place de choix.

Étrangement, ce trentenaire qui avoue écouter exclusivement du rap (Orelsan et Vald en tête), présente un spectacle qui rappelle parfois la chanson réaliste du début du XX ème siècle. Entre accordéon très présent, tenues sobrement noires, gestuelle marquée et valse à trois temps, il y a quelque chose de Piaf dans ce Syrano-là qui nous chante la misère acide et la détresse des zones urbaines du XXI ème siècle. Oui, 2017 est bien présent, avec ce qu’il faut de machines électroniques, de rythmiques et de basses, et le rappeur qui repointe souvent le bout de son flow. Et puis il y a de l’énergie, de la lutte et de la joie : Syrano rit, Syrano vit.

En dehors de la scène, l’engagement de Syrano dépasse sa démarche artistique. Venu à Lignières à l’automne 2016 pour créer ce nouveau spectacle, il accompagne également les élèves du collège dans cadre des Territoires et Résidences d’Education Artistique et Culturelle. Dans la salle d’ailleurs, les habitués du festival se mêlent aux élèves et à leurs familles. Ce mélange a quelque chose d’exemplaire et Syrano met tout le monde d’accord ! Il tutoie son public, le taquine et s’adresse à lui en toute spontanéité : « ça suffit les conneries maintenant, tu lèves ton cul, sinon tu vas le regretter ».

Et puis le spectacle se termine dans une belle euphorie après que Syrano a pris soin d’embrasser un à un, du sol au plafond et du parterre au balcon, les 209 spectateurs présents. Alors décidément non, Syrano n’est pas le pire des hommes ! (*)

(*) Le pire des hommes fut le premier extrait de l’album de Syrano «Mysterium Tremendum» en octobre 2016. Et c’est à écouter et à regarder ici :

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