Le Festival du Chainon (qui manquerait s’il n’existait pas).

Ah lala lala quel joli festival que ce Chainon lavallois-là !

De la simplicité, du soleil, de l’humain, de la découverte, du partage et de l’invention à tous les coins de rues, de théâtres et de chapiteaux !

Chaque jour, de 9h du matin à 1h (du matin aussi), des spectacles de danse, de cirque, de musique et de théâtre sont présentés dans une douzaine de lieux répartis dans toute la ville. Et chaque soir, les festivités se terminent en apothéose (et en musique) par de joyeux concerts sous le beau chapiteau du Magic Mirror installé au Square de Boston.

@Florian_Renault

Quelques chiffres qui font dire wouaouh :

Le festival du Chainon Manquant fêtait cette année sa 27ème édition. Et il a battu ses propres records de fréquentation avec quelques 19 000 spectateurs et 450 professionnels venus découvrir le travail de 380 artistes et techniciens lors de 72 spectacles et 119 représentations !

Sans oublier les presque 200 bénévoles qui font que ce rendez-vous annuel est une belle réussite, avec une ambiance simple et tranquille qui fait que l’on se sent à Laval comme à la maison, quasiment en famille.

@Florian_Renault

Une sorte de festival d’Avignon, à taille (et à température !) humaine dont la programmation est pilotée depuis quatre ans par Kevin Douvillez, co-directeur et responsable artistique du Chainon.

Je te dois la vérité : je suis une groupie de Kevin depuis très longtemps et je suis toujours fan de ses trouvailles et de ses folles idées.

Un aventurier de l’art et de l’humain, comme il en faudrait beaucoup plus…  Je t’en avais déjà brièvement parlé là et tu peux en savoir un peu plus sur lui ici. C’est un véritable dénicheur de talents dont la sensibilité et la pertinence des choix sont en parfaite adéquation avec les objectifs du Chainon.

Il faut savoir que le festival lavallois, largement ouvert à tous les publics, est à l’origine un rendez-vous à vocation professionnelle destiné à un réseau national de programmateurs : le réseau Chainon. Ainsi, des responsables de structures culturelles de toute la France viennent chercher en septembre à Laval,  les artistes et les spectacles qu’ils programmeront dans leurs salles lors des prochaines saisons.

Je n’ai malheureusement pu passer que 48h au Chainon cette année, mais les spectateurs et professionnels que j’y ai croisés étaient unanimes :

La cuvée 2018 est un excellent millésime !

@Florian_Renault

D’ailleurs, j’ai pu le constater moi-même avec les 15 spectacles auxquels j’ai assistés. Oui, oui, 15 spectacles en 2 jours ! Et si tu te dis que c’est beaucoup, sache que c’est un minimum, et que beaucoup des personnes que j’ai rencontrées voyaient une dizaine de spectacles par jour.

De manière générale, disons que les artistes programmés cette année au Chainon se sont beaucoup interrogés sur l’actualité de l’humanité, ses maux et son avenir. Mais la beauté, le rire, l’inventivité et la douceur n’étaient jamais très loin non plus.

Je te propose ci-dessous une petite sélection à ma façon. Sache que l’ordre d’apparition des spectacles est strictement chronologique : c’est tout simplement celui dans lequel je les ai vus. N’y vois surtout aucune hiérarchisation qualitative : c’est pas mon truc !

Tous ces spectacles passeront forcément un jour ou l’autre pas très loin de chez toi. Je te conseille donc vivement de rester aux aguets !

Sur mes yeux

Un spectacle écrit, mis en scène, conté et chanté par Élie Guillou, accompagné de Julien Lefèvre (violoncelle), David Neerman (piano) et Pierrick Hardy (guitares) sur des musiques composées par Babx et Grégory Dargent.

@Francois-Legeait

Juste quelques mots sur ce très beau spectacle dont je te parlerai plus en détail dans quelques jours (n’hésite donc pas à revenir dans les parages !) : Elie Guillou y conte l’histoire d’une mère et d’un fils, entre guerre et paix, au cœur du Kurdistan turc. C’est merveilleusement écrit et raconté et la musique magnifie l’ensemble.

Je suis un poids plume

Un seule en scène (ou presque) de et avec Stéphanie Blanchoud. Elle y raconte comment, au lendemain d’une séparation, une jeune femme va retrouver la force d’une nouvelle vie dans une salle de boxe. C’est une pièce extrêmement originale et très physique qui évoque un évènement somme toute courant et la manière dont on peut retrouver l’énergie d’avancer. Le jeu de la comédienne est époustouflant, voire essoufflant ! En sortant de là, j’avais une folle envie de chausser ( ?) des gants de boxe… Alors que ce sport ne m’a jamais attirée !

Une petite idée de ce que ça donne :

Léopoldine HH

Je t’en ai déjà parlé longuement là… Vas-y donc voir !

Le programme du festival disait d’elle : « Une Heidi sous amphètes dynamite le genre chanson, ou ce qu’il en reste. Léopoldine et ses garçons ont véritablement ouvert une brèche, dans laquelle plus aucun repère ne tient. Plus qu’un concert, leur spectacle est une expérience totale et singulière. Une osmose rarissime entre avant-gardisme hasardeux et déconnade légère. »

@Calypso_Baquey

Pas grand-chose à rajouter, si ce n’est que je ne m’en lasse pas !

La Mòssa

C’est un beau quintet polyphonique exclusivement féminin qui chante les multiples facettes de la femme, simplement accompagné de petites percussions. Entre chants traditionnels et chants du monde interprétés en plusieurs langues, La Mòssa nous fait voyager dans le temps et l’espace avec grâce, joie et humour.

Cerise sur le gâteau : à Laval, leur concert se déroulait dans la magnifique chapelle du lycée Ambroise Paré, un lieu magique qui mettait divinement en relief les voix des cinq chanteuses (Tu ne louches pas, elles étaient bien six au moment du tournage de la vidéo).

Socalled sings (Yiddish) with strings

Dans le même cadre idyllique de la chapelle, et juste après La Mòssa, j’ai vu Socalled. Artiste québécois anglophone, polymorphe et touche à tout bourré de talents, il proposait une création originale autour de chansons du patrimoine yiddish. Mis en place pour la circonstance avec un quatuor à cordes du conservatoire de Laval, ce programme raconte aussi l’histoire de ces chants, parfois drôles, parfois sombres mais toujours musicalement très riches.

Pour avoir une petite idée de ce que cela peut donner, tu peux regarder ça :

(Même si la vidéo est en anglais, qu’elle se passe en Allemagne et que, contrairement à ce cas-là, le quatuor lavallois était exclusivement féminin !)

Et quand je te disais que Socalled est un créateur polymorphe, tu peux en avoir un exemple en cliquant ici.

Delgres

Delgres (du nom d’un héros de la lutte contre l’esclavage guadeloupéen), c’est du blues rock inventif savamment accompagné de soubassophone. De la musique exactement comme je l’aime : un mélange de tristesse sublimée et d’énergie combative. D’ailleurs, quiconque écoute leur musique se met très rapidement à remuer la tête ou le pied, voire les deux ! C’est l’effet que ça m’a fait la première fois que je les ai entendus à la radio, sans les connaitre. Effet décuplé ce vendredi soir de mi-septembre pendant leur live sous le Magic Mirror, d’où tous les spectateurs présents sont sortis ravis.

Je demande la route

Seule en scène autobiographique hautement énergique et énergisant de Roukiata Ouedraogo. C’est extrêmement drôle, mais grave aussi parfois, et extrêmement bien joué. Très dense aussi, avec une multitude de sujets brillamment évoqués : de l’immigration à l’excision en passant par l’éducation et le métier de comédienne.  Tout est beau dans ce spectacle, qui est incontestablement un des principaux coups de cœur du public et des professionnels du festival. Et je suis prête à parier que l’on verra Roukiata demander la route aux quatre coins de France dans les prochains mois. On peut également la retrouver à Paris au Théâtre du Lucernaire toutes les fins de semaine jusqu’en janvier 2019… et régulièrement sur France Inter pour ses chroniques dans l’émission Par Jupiter !

Les Malédictions

Ce spectacle écrit et mis en scène par Nicolas Bonneau et interprété par Hélène Barreau et Fannytastic fait suite à un travail de recherche et de collectage réalisé en Mayenne, en Bretagne et dans les Deux-Sèvres. Il aborde les thèmes, peu abordés au théâtre, de la sorcellerie, des guérisseurs et autres magnétiseurs et donne lieu à un objet théâtral très singulier.

J’ai demandé à Nicolas et Fanny de me raconter comment leur était venue l’idée de porter ces histoires à la scène. Voici ce qu’ils m’ont répondu :

(Information préalable : Fanny et Nicolas sont moins rosés dans la vraie vie ! )

Tire Le Coyotte

Tout juste arrivé du Canada, et presque aussitôt reparti outre-Atlantique, le québécois Tire Le Coyotte proposait à Laval l’un de ses tous premiers rendez-vous avec le public français. Déjà reconnu chez nos cousins d’en face, Benoit Pinette enchaine les dates au Québec et ses concerts y affichent le plus souvent complet. Avec sa voix surprenante et haut perchée, sa folk-rock à l’américaine et ses textes puissants et poétiques, il a totalement ravi mes oreilles. Il faut aussi que je t’avoue mon penchant très prononcé pour la musique, la langue et l’accent québécois.

La conférence ornitho-perchée

Toute aussi perchée que la voix de Tire Le Coyotte, mais pour d’autres raisons, voici une conférence à la fois musicale, drôle et instructive. Ce spectacle, mené tambour (ou plutôt saxophone) battant par un musicien (Guillaume Berceau) et deux comédiens-siffleurs-conférenciers- imitateurs experts de chants d’oiseaux (Jean Boucault et Johny Rasse), est un moment quasiment surnaturel. Et pourtant, il repose sur des observations ornithologiques et des constats scientifiques avérés. Entre conférence, spectacle d’humour, concert sifflé et jeux avec le public, cette proposition reste difficile à mettre en mots. Il ne vous reste plus qu’à tenter l’aventure… Une chose est sûre : vous n’écouterez plus jamais les oiseaux comme avant !

Un petit aperçu du talent de ces garçons là :

Redouanne est Harjane

Perché, ce spectacle l’est aussi… et Redouane Harjane un drôle d’oiseau assurément !

Avec son humour tout à la fois décalé, surréaliste et parfaitement ancré dans le monde de 2018, le comédien  propose un seul en scène d’une drôlerie et d’une intelligence rares. Pendant son spectacle, il m’a tour à tour fait penser à Raymond Devos, Jamel Debbouze, Pierre Repp et Wally (si tu ne connais pas les deux derniers cités, honte sur toi… Mais clique sur leur nom pour combler tes lacunes ! … Si tu ne connais pas les deux premiers noms, je ne peux rien pour toi).

En réalité, il a vraiment son univers propre et il t’y emmène sans détours. Amateurs (ou trices) de folie douce, de chanson absurde et de poésie féroce (les adjectifs accolés aux trois noms communs précédents sont interchangeables), ce spectacle est fait pour toi.

Ginkgoa

Tu commences à les écouter et quelques secondes plus tard tout ton corps se met à danser sans que tu n’aies rien commandé. Du swing, de la pop, de l’électro et l’énergie communicative de Nicolle, chanteuse américaine ayant adopté la France sont les ingrédients de Ginkgo. Musique élégante et ambiance festive, tout ce qu’il faut pour danser jusqu’au bout de la nuit… Et clore de fort belle manière mes deux denses journées lavalloises.

On se donne maintenant rendez-vous du 17 au 22 septembre 2019, pour la prochaine cuvée du Chainon Manquant (qui en fait ne manque pas mais manquerait s’il n’existait pas).

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