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Lisa Ducasse, comme un oiseau sur le fil

Ceci est l’histoire d’un coup de foudre.

Tout commence sur Instagram le 23 mars 2022 à 9h40. Lisa Ducasse envoie un message sur la page de devineoujesuis.fr pour faire connaitre ses chansons. Cela arrive fréquemment et avouons que ce genre de sollicitations tombe le plus souvent dans les abimes de l’oubli. Mais tel ne fut pas le cas ce jour-là. Impossible de dire vraiment pourquoi, peut-être grâce à l’approche polie et discrète du message, mais on a eu envie d’aller fureter sur le net pour savoir qui était Lisa Ducasse et quel était son univers artistique.

On a d’abord trouvé un clip sorti quelques jours auparavant. La proposition musicale y était assez différente des courants du moment. La chanson commençait par quelques notes de piano. Puis venaient les mots dits. La scansion était particulière : intemporelle, surannée presque, mais toujours sur le fil de l’émotion. La voix chantée arrivait plus tard et donnait de la profondeur et de l’intimité.

Elle lui dirait je ne sais pas qui sont les hommes, Mais certains m’ont ouvert leurs mains,
 Il lui dirait je ne sais pas qui sont les hommes, Et si j’oublie que j’en suis un, dis tu me le pardonnes ?

Qui sont est le premier titre de Lisa Ducasse à sortir officiellement sur les plateformes d’écoute et à faire l’objet d’un vrai clip.

Une première chanson qui retient l’attention. La réalisation en est subtile et les arrangements parfaits. Rien d’étonnant puisqu’on découvre rapidement qu’ils sont, tout comme les notes de piano du début, l’œuvre de Guillaume Poncelet, immense musicien, compositeur, arrangeur et réalisateur de grand talent, qui travaille, entre autres, depuis longtemps avec Gaël Faye et Ben Mazué. Excusez du peu ! Pour le reste, Lisa œuvre elle-même à l’écriture des textes et aux compositions.

Quelques jours plus tard, comme dans toutes les belles histoires, le hasard entre en jeu à son tour : une amie nous parle d’une certaine Lisa Ducasse, jeune artiste dont elle vient de faire la connaissance à Paris. Puis, on s’aperçoit qu’un concert de Lisa est prévu à Poligné, près de Rennes, le 9 avril. La soirée sera organisée par l’association On lâche rien sauf les chiens que l’on suit depuis quelques années déjà. Or, le 9 avril c’est en plein festival Mythos et on sera justement à Rennes ! Ce que vous savez déjà si vous avez lu cet article-là.

En plus, ce concert breton sera le tout premier concert de Lisa Ducasse en France en dehors de Paris.

L’enchainement entre les deux évènements  s’annonce néanmoins périlleux et on n’est pas sûr de pouvoir y arriver : le concert de Charlotte Cardin, auquel on doit assister, se termine à 19h15 en plein centre-ville de Rennes et  le concert de Lisa Ducasse débute à 19h30 à 34 km de là… Mais impossible n’est pas devineoujesuis.fr ! Anthony, le programmateur d’On lâche rien sauf les chiens gère le timing à Poligné et nous tient au courant de l’évolution en temps réel. Et nous, on déjoue les embouteillages des samedis après-midi rennais et on débarque à Poligné seulement 5 minutes après que Lisa ait commencé à chanter ! Un travail d’équipe et un bel exploit (merci Anthony !).

Le concert de Lisa se passe dans l’arrière-salle du café associatif. La salle est pleine. Le public est familial. Certaines personnes sont debout, d’autres assises sur des fauteuils, des tabourets ou par terre. Le public est très à l’écoute même si on entend les clients qui boivent des coups dans la salle d’à côté. Mais c’est un peu normal : on est samedi, c’est l’heure de l’apéro et on est dans un bar !

De notre côté du mur, tout est grâce et délicatesse.

La poésie est partout. Le timbre de voix est lumineux. Le moment est simple et beau. Lisa Ducasse déploie son univers et ses chansons finement ciselées, avec un mélange de douceur et de détermination. Elle se tient en équilibre entre force et fragilité. Un tourne-disque lui sert à la fois de scénographie et d’accompagnement musical. Elle y dépose par moments des 45 tours de sons préenregistrés.

Le charme opère très vite et le coup de foudre définitif s’abat au rappel, lorsque Lisa reprend une de nos chansons préférées : Bird on the wire de Leonard Cohen. Le moment est magique. Tellement fort que le silence se fait aussi de l’autre côté du mur : Les buveurs arrêtent de boire, les parleurs arrêtent de parler. Tout le monde écoute Lisa, même ceux qui, attablés au bar, ne la voient pas. L’instant est captivant. Le silence est habité. Le coup de foudre est collectif !

Ça fait bien longtemps que l’on n’a pas entendu quelque chose d’aussi personnel et rare.

On pense à la première fois qu’on a vu Pomme, il y a presque 7 ans. L’univers artistique n’est pas le même mais il y a un mélange similaire de liberté et de vulnérabilité, de réserve et de volonté. Comme un oiseau sur le fil.

Lisa Ducasse vient de l’île Maurice. Elle est arrivée en France il y a 7 ans pour faire des études d’anglais et de traduction. Son père est poète, sa mère romancière. Elle a donc eu la chance de baigner dans l’écriture et les mots depuis toujours. C’est d’ailleurs grâce à l’écriture et à la performance de textes, qu’elle a petit à petit glissé vers la musique et la chanson. Son projet artistique se situe maintenant entre la poésie, le spoken word et la chanson française, tout en laissant une part importante à la musique actuelle.

Ses textes évoquent souvent le voyage. Beaucoup ont été écrits loin de chez elle, notamment au cours d’un long séjour qu’elle a fait en Amérique latine. Les déplacements fréquents entre son île natale, la France et l’Amérique du Sud l’ont ainsi beaucoup inspirée. Elle les raconte dans ses chansons et aimerait que le public voyage avec elle lorsqu’elle les propose sur scène.

Le chemin de Lisa ne fait que commencer.

Son nom s’est murmuré dans les espaces professionnels de nombreux festivals cet été. Et beaucoup de belles choses se préparent pour elle dans les semaines et les mois à venir. Ça commencera par la Fête de l’Humanité où elle se produira sur la scène Zebrock – Nina Simone le 9 septembre. Viendra ensuite le temps des Francofolies de la Réunion fin septembre. Et il se pourrait bien aussi qu’on la retrouve du côté de Rennes dans un célèbre festival de décembre… Mais chut !

Terminons avec cet autoportrait réalisé quelques minutes après son concert à Poligné. Le son résonne étrangement et l’arrière-plan est hors d’âge car on avait tenté de s’isoler du bruit en se réfugiant dans un appartement vide, laissé à l’abandon au dessus du bar. Mais le brouhaha du rez-de-chaussée, revenu dès la fin du concert, était si intense qu’on l’entend quand même. C’est loin d’être parfait mais c’est un de nos plus jolis souvenirs d’interview. Merci Lisa !

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