Magic Mythos, épisode 2 : Les filles

Il fait toujours beau à Mythos (*)

Mythos s’est achevé dimanche. Et c’est avec des sanglots dans le clavier que je t’écris pour te raconter toutes les belles choses qui s’y sont passées depuis la fin de l’épisode 1 (que tu peux retrouver ici si tu l’as malencontreusement raté).

Avant tout, sache que cette 22ème édition de Mythos fut riche en découvertes, en rencontres, en émotions et en bières. Et pour ne pas démentir le grand philosophe rennais Monsieur Roux (le même que dans l’épisode 1), il fit encore (et donc toujours) beau à Mythos (*). C’était absolument parfait pour les apéros en terrasse et/ou en Thabor, en tenue légère jusqu’à minuit (oui les apéros durent longtemps en Bretagne). Mais c’était aussi un chouïa trop caniculaire pour les concerts de 18h sous le chapiteau du Cabaret Botanique. Spectateurs dégoulinants, décoration boisée et lumières tamisées, l’endroit aurait pu être rebaptisé Le Sauna Botanique.  Il n’en reste pas moins que le soleil et le ciel bleu vont très bien au teint de Mythos et aux magnifiques abat-jours rouges ornant le vert Thabor.

Mais mettons fin à l’effroyable suspense qui plane depuis la semaine dernière suite aux dernières secondes de l’épisode 1 !

Le lecteur haletant n’en peut plus… Il exige de savoir qui, de Camille ou d’Anne Sylvestre, s’est jetée sur les bras tendus des spectateurs pour un slam surprise, perpétuant ainsi dimanche la tradition, tout juste lancée vendredi, par Arthur de Feu ! Chatterton et samedi par Gaël Faye.

Et bien, si l’on considère que se plonger dans la foule dense d’un concert à guichets fermés pour y déambuler en jouant du tambour accompagnée de ses musiciens est une variante du slam, alors la réponse est : Camille ! Cette même Camille qui a offert un très beau concert essentiellement fondé sur la voix, la danse et le rythme des tambours.

Un concert premier, comme on parle d’art premier.

Tissu bleu, danses traditionnelles, percussions envoûtantes, énergie vitale, ambiance tribale et militantisme citoyen étaient les ingrédients de la soirée. Une dizaine de spectateurs ont même été invités à monter sur scène pour une leçon de bourrée à deux temps ! Une vingtaine d’autres se sont retrouvés plus tard sur le même plateau pour un très bel hommage à Jacques Higelin. Comme elle l’avait fait 3 jours plus tôt au Cirque d’Hiver, Camille a repris «  Tiens j’ai dit tiens » tout en invitant les spectateurs du Cabaret Botanique à scander ce leitmotiv avec elle. Elle est également allée chercher les deux pompiers de service sous le chapiteau pour reprendre avec elle le fort à propos « J’ai des pompiers dans mon zizi ». Le moment fut émouvant autant que festif !

@Patrick Messina

Le concert se termina par « Tout dit », chantée seule a capella par Camille après qu’elle se soit vidée une bouteille d’eau sur la tête ! Je vous ai dit plus haut à quel point il faisait chaud pour les spectateurs du Magic Mirror, alors imaginez les sommets de températures atteints par les artistes sur scène et sous les projecteurs ! Camille remercia Anne Sylvestre d’avoir ouvert la soirée (sacrée soirée avec des sacrées nanas !). Elle remercia aussi Kevin de l’avoir programmée à Mythos. Ce même Kevin Douvillez dont tu trouveras un portrait là et dont je suis la présidente auto-proclamée du fan-club… Pour toute demande d’adhésion, merci d’écrire à la rédaction qui transmettra.

Anne Sylvestre ne s’est donc pas lancée dans un slam sur le public.

Mais chacune de ses chansons est en fait un slam sur le public. Et c’est en même temps une grosse claque dans ta gu… euh, je veux dire dans ta figure !

La vérité c’est que j’ai découvert Anne Sylvestre avec ce concert. D’elle, je ne connaissais jusqu’à présent que quelques fabulettes et sa sublime chanson « Les gens qui doutent », reprise par de nombreux artistes. La version la plus connue est sans doute celle de Jeanne Cherhal, Vincent  Delerm et Albin de la Simone en trio (au fait, je t’ai dit que j’avais une interview d’Albin de la Simone à lire là ?) :

Mais j’avoue une tendresse toute particulière pour la version de Ben Mazué :

Tout ça pour dire que j’ai vraiment découvert Anne Sylvestre à Mythos cette année : la force et l’étendue de son répertoire autant que l’engagement, la finesse et la drôlerie de ses textes. La preuve qu’il n’est jamais trop tard pour prendre des claques artistiques ! Mais je continue quand même à me demander comment j’ai pu passer à côté de tout ça pendant autant d’années. J’essaie maintenant de me rattraper en écoutant tout ce qui me tombe sous l’oreille et le clavier.

Quant au concert en lui-même, il fut militant et émouvant.

Anne Sylvestre est accompagnée sur scène par une triade de musiciennes : clarinettiste, pianiste et violoncelliste. Oui, messieurs dames, des filles, rien que des filles ! En les présentant, Anne Sylvestre précise : «  si ça vous étonne qu’il n’y ait que des filles, eh bien demandez-vous pourquoi ! » En ouverture du concert, elle avait également rapporté les propos de Félix Leclerc qui, à la question « Que pensez-vous de la civilisation ? », avait répondu : « ce serait bien ». Le concert est un moment très fort. Il y a bien quelques trous de mémoire mais la voix est assurée et l’humour affuté. Parce qu’il fait très chaud et aussi parce qu’elle est allergique aux platanes, elle se sert souvent d’une serviette : « J’éponge un peu sinon on va croire que je pleure… Alors qu’en fait, je pleus seulement ».

Et puis évidemment il y a les chansons, et quelles chansons ! Je ne peux que t’encourager à écouter ce fabuleux répertoire… Deux exemples seulement pour les plus paresseux et/ou les plus pressés d’entre toi :

Gay, marions-nous… écrite en 2007 !

Et La faute à Eve… écrite en 1979 !

Le concert se termine par des remerciements particuliers aux « bénévoles, sans qui très peu de spectacles existeraient » puis elle file à la sortie du chapiteau pour s’installer au stand dédié aux ventes de disques et aux dédicaces ! Sacrée nana… de bientôt 84 ans !

Sinon, dans la seconde partie de Mythos, j’ai aussi vu et adoré, dans l’ordre d’apparition dans la programmation :

  • La performance jazzo-contée surréaliste de Fantazio et Théo Ceccaldi,
  • Le magnifique et émouvant concert du merveilleux et adorable Arthur H,
  • La présentation foutraque et hilarante de « Mon père, Georges Perros, Sleaford Mods et le curé de Morlaix sont sur un bateau », projet inclassable en cours de création sous la houlette du non moins inclassable Sébastien Barrier.
  • Le très beau et très sensible concert vidéo-chanté de Mariscal (et Florian Mona), dont c’était la création.
  • L’excellente présentation de « Qui va garder les enfants ? » projet conté de Nicolas Bonneau, qui repose une idée qui m’intéresse au plus haut point : dresser le portrait de femmes politiques.
  • « Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour », très belle création contée de Yannick Jaulin mêlant langues et musiques.
  • Les deux concerts du GRAND Pieeeeeeeeerre Lapointe (ceci n’est pas une faute mais l’expression de mon amour infini pour ce garçon). Les deux soirées furent parfaites bien que totalement différentes l’une de l’autre, notamment en termes de décors, costumes et lumières… Car figure-toi qu’un oubli malencontreux du transporteur n’a pas permis d’installer le magnifique dispositif lumière à temps pour le concert du premier soir. Représentation qui a d’ailleurs commencé avec plus d’une heure de retard… Vifs remerciements en passant à l’équipe du festival, qui a appelé et envoyé des messages à tous les spectateurs pour annoncer le retard en amont et éviter de venir trop tôt.

Tout ça était vraiment très très, mais très bon !

Petit bémol : pas une seule fille dans tous ces spectacles, si ce n’est Amélie Fortin, la pianiste qui accompagnait Pierre Lapointe et Fannytastic qui doit à terme assurer la partie chantée du projet de Nicolas Bonneau.

Donc, chose promise, chose dute (ceci n’est pas une faute mais de la créativité vocabulistique), cet épisode 2 se reconcentre illico sur son sujet central : les filles. Revenons donc à elles… et à L ! La programmation du vendredi 20 avril proposait en effet une très beLLe doubLe affiche avec  L. (RaphaëLe Lannadère) et CLara Luciani.

Un extraordinaire concentré  de talents, de sensibilité  et de féminité que ces deux nanas-là !

@DR

L. en est à son 3ème album, sorti fin février et sobrement intitulé Chansons. Elle a choisi pour sa tournée une option scénique toute en simplicité et en dépouillement qui met parfaitement en valeur les mots et les notes qu’elle a soigneusement choisis. Elle (L.) est accompagnée par 3 musiciens (et zut, rien que des gars… ça va pas arranger mes statistiques ça !) dans un format assez rare : 2 violoncelles et une batterie réduite à son plus simple appareil. Sa voix est magnifique, sa présence et ses chansons aussi. Il y a de la mélancolie mais de la fraicheur aussi. Les 45 minutes imparties coulent avec douceur et exigence, délicatesse et détermination.

Raphaële est très enrhumée ce vendredi-là. Mais elle chantera sans que rien n’y paraisse, si ce n’est la théière remplie d’infusion et les huiles essentielles qu’elle a apportées sur scène pour l’aider à tenir jusqu’au bout de son tour de chant. Et ça marche. Non seulement elle tiendra, mais elle nous emmènera loin, en voyage avec elle. Nous la suivrons sur les chemins de sa vie, découvrant entre autres La Meuse de ses origines maternelles et la micheline Rennes-Dinard qui longtemps l’emmena en vacances.

Dès que tu auras 50 minutes devant toi (et au lieu de te coller bêtement devant ta télé), je te conseille de regarder ce très beau documentaire qui te permettra de mieux connaitre L.

Pour conclure, ma cuvée Mythos 2018 s’achèvera avec Clara Luciani.

Voici une autre parfaite représentante de la chanson française féminine voire féministe actuelle , au sens le plus ouvert et le moins réducteur. Clara Luciani vient de sortir Sainte Victoire, son premier album à son nom. Mais ce n’est pas tout à fait une nouvelle venue dans l’univers musical puisqu’elle a déjà de nombreuses collaborations à son actif, notamment avec le groupe La Femme (le hasard n’existe pas…) ou le collectif Nouvelle Vague.

Auteure-compositrice et interprète, comme Raphaële Lannadère, elle navigue dans un univers tout aussi exigeant et soigné mais dans une ambiance plus pop-rock. Entourée de 3 musiciens (encore uniquement des gars… Vous pourriez faire un effort les filles et prendre exemple sur Anne Sylvestre ! ), elle attire d’emblée l’œil, l’oreille et la sympathie par sa silhouette élancée, sa voix grave, ses textes affutés, ses mélodies expertes et sa personnalité attachante. D’ailleurs, tout cela n’a pas échappé à Pierre Lapointe qui l’invitera à partager la scène avec lui, plus tard dans la même soirée, pour un magnifique duo sur une chanson récemment écrite ensemble.

Voilà, Mythos 2018, c’est bel et bien fini…

Je te laisse avec le clip de La Grenade, ma chanson préférée de Clara Luciani à ce jour. Je te préviens : elle contient un refrain hautement addictif !

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8 commentaires sur “Magic Mythos, épisode 2 : Les filles

  1. Dans la génération Anne Sylvestre, les autres filles c’était Mannick et Michèle Bernard…
    C’est chouette de les (ré) – écouter !

    Et sinon, merci pour ce Mythos(2) ! :’)

  2. Très bel hommage à cet excellent festival rennais, je n’ai pas encore eu l’occasion d’y aller mais en lisant les 2 articles je regrette vraiment d’avoir loupé ça !!!
    Merci pour ce partage musical

    1. Merci à toi, d’être passée par là, d’avoir lu et d’avoir laissé une petite trace 😉 Et rendez-vous à Rennes pour Mythos 2019 alors !

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